Voici la suite de mon histoire
ATTENTION la fin de ce passage est cru à ne pas faire lire aux personnes sensibles !
J’aimais aussi aller le soir chez ma grand-mère qui habitait à environ cinq cents mètres de chez nous. Pépère P. qui était instituteur retraité se chargeait de nous faire faire nos devoirs. Le mardi soir nous restions dormir chez elle, pour y passer le mercredi, puisque nos parents travaillaient. Je me souviens de la tendresse et de l’attention de ma grand-mère, elle était et reste comme une deuxième mère pour moi. Des souvenirs comme des sorties avec elle dans le bois de Vincennes où nous y passions un moment l’après-midi. Parfois nous avions droit à un tour de manège et un tour de balançoire, vous savez ces balançoires en bois avec assise face à face, dans ma mémoire c’est comme si c’était hier. Je faisais de la danse classique après l’école, le jeudi ou vendredi me semble t-il ? Je revois encore les tenues de danse roses avec les chaussons souples coordonnés. Aussi, je sens encore l’odeur et le goût de mon goûter. C'était du pain d’épices beurré avec des barres de chocolat et en boisson une gourde de grenadine ou de menthe. Hum ! Quel plaisir !
Mon grand-père maternel était gentil, strict en éducation. Il fallait se laver les mains avant de manger et quand on dînait chez mes grands-parents, nous aimions nous mettre devant le lavabo. Papy derrière nous, se lavait aussi les mains en frottant les nôtres en même temps. L'odeur du savon était agréable, je la reconnaîtrais sans hésiter. Il nous frottait les mains aussi pour les essuyer. Nous ne manquions pas de lui rappeler de prendre son médicament contre le cholestérol, mais il salait quand même ses mets toujours plus qu'il n'en fallait. Il ne fallait surtout pas parler pendant les informations de vingt heures. En contre partie si le film ne lui plaisait pas il parlait tout le temps à sa « poule » (ma grand-mère, c'est comme ça qu'il l'appelait) ou passait volontairement devant la télévision pour gêner la vue. Dans la maison de campagne près de la Ferté sous Jouarre, j'aimais aussi jouer au rami ou faire des mots fléchés avec lui. Je faisais du jardin aussi avec lui ou ma grand-mère. A la saison des fruits, nous ramassions les fraises, les pommes, cueillions les framboises, les cerises. Et ma grand-mère en faisait des confitures ou conserves.
(...)
Il y a eu aussi, l’année où je n’ai plus cru au père Noël. Cette année là, la nuit de Noël, je ne dormais pas et j’ai vu qui réellement apportait les cadeaux ! J'étais sous le choc, mais rassurez-vous le rêve a duré environ dix ans.
On déménagea en 1977, quelques rues plus loin pour un appartement de type F4. Il était au deuxième. Là, nous avions une chambre pour nous deux avec ma soeur. Il y avait un vaste séjour avec de grandes baies vitrées. Une petite cuisine mais on pouvait y manger dedans. L'isolation acoustique était inexistante que nous entendions les voisins appuyer sur les interrupteurs, voire ...!
C’est à cette époque là aussi que mes ennuis personnels ont apparu. Pour vous situer un peu le contexte, mon père était quelqu’un d’autoritaire. Par exemple, quand je ne voulais pas ou n’arrivais pas à me servir de mon bras gauche, mon père disait :
- Je vais t’attacher ton bras droit dans le dos, pour que tu fasses marcher ta main gauche.
Cela me terrorisait, rien qu’à voir son regard et au ton de sa voix. Ma mère essayait de calmer la situation. Elle disait à mon père d’y « aller plus doucement », car je tombais vite en larmes. Ce qui agaçait encore plus mon père.
A Noël, j'ai eu un petit lapin nain mâle gris et noir. Il s'appelait Dylan. Il pouvait se promener où il voulait dans la cuisine et était propre. Ce petit coquin mangea plusieurs fois les câbles du réfrigérateur ou de la machine à laver. Un jour par force de les manger il s’est électrisé. Le vétérinaire nous annonça que c'était une femelle.
Côté amours, c’était plutôt intime, au fond de moi, je me refusais à avouer mes sentiments à l’heureux élu de mon cœur. J’étais le plus souvent avec mes copines comme Sandrine, Armelle, Caroline… mais je fuyais les garçons par timidité. Le renouvellement de ma carte d'invalidité ainsi qu'une nouvelle botte furent accordés par la DDASS* et sécurité sociale.
Un peu plus tard en 1980-81, j’ai subi des attouchements par mon propre père. Rien que de vous en parler, j’ai la gorge qui se resserre et les larmes aux yeux. Je pourrais vous décrire des scènes qui sont à jamais gravées dans ma mémoire. Mais se serait trop long à vous raconter et trop cruel. C’est une grande douleur, même si aujourd’hui, je le vis « mieux », je m’efforcerais que de vous en citer quelques-unes les plus marquantes.
Je dois ajouter que ceci c’est passé à une époque où mes parents ne s’entendaient plus très bien et que l’entreprise artisanale de mon père a commencé à s’écrouler. Je me souviens que cela se passait toujours quand ma mère était à son travail, elle avait un poste à responsabilités et rentrait entre dix-neuf et vingt heures. Ma sœur était absente, elle était à l’école ou dans notre chambre.
Mon père, je parle de lui ainsi aujourd’hui, et non pas comme d'un « étranger » ou encore comme d'un « criminel », parce qu’il n’est plus de ce monde. Peut-être que s’il était là, tous différends mis à part, je serais sûrement heureuse qu’il soit encore là, pour m’épauler et me soutenir dans les épreuves de la vie.
Il me faisait asseoir sur ses genoux face à lui, me caressait la poitrine, me tortillais les mamelons, m’embrassait sur la bouche. Ou alors quand il me demandait d’aller dans la chambre de mes parents, qu’il me faisait coucher près de lui, je devais le caresser intimement. Puis il essayait par la force de ses mains, que je lui fasse des fellations, ce qui me choquais, me dégoûtais et donnais envie de vomir. Je ressens la même chose en ce moment précis. Il en profitait pour me caresser mon pubis et je me sentais très mal à l’aise face à ses gestes qui ne sont pas dignes d’un homme envers une enfant. Je n’ai rien dit à ma mère ou à mon entourage. Pourquoi ? Parce qu’à cette époque, c’était TABOU. Et puis il y avait derrière l’influence, l'intimidation paternelle avec ses bonnes paroles. Il disait :
- Il ne faut rien dire, car tu ne verras plus ta maman, on dira que tu es une menteuse, que tu es méchante et ton papa irait en prison !
A cette époque je n’avais aucune conscience de ce qu’était réellement la prison, si ce n’est que je ne verrais plus mon papa que j’aimais en tant que père. Du coup, je n’en ai parlé à personne, pas même à une copine au collège. J’ai tout fait pour oublier, pour effacer ces épisodes de ma mémoire, mais les souvenirs sont là, même si avec le temps, ils s’apaisent par une thérapie, un travail sur soi-même. J’en ai souffert pendant des années, et même encore aujourd’hui parfois. Puis mes parents ont divorcé, je voyais moins mon père, s’était un soulagement. Quand son tour de garde arrivait, je faisais tout pour éviter de le rencontrer ou rester seule avec lui.
à suivre ...
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